INTERVIEW VOISKI

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À la fois joueur et provocateur, Voiski a depuis plusieurs années, frappé un chemin singulier dans la musique techno, valsant entre des projets expérimentaux ; notamment par sa proximité avec Kartei, son groupe de techno-pop ; et ses productions aux sonorités répétitives et dynamiques qui le différencies de ses pairs.

Membre de l’écurie Construct Re-Form, exporté chez L.I.E.S, il s’inspire directement de la musique de Détroit, pour faire sonner ses machines de façon à nous perdre dans son univers futuriste et son introspection.

Alors laissez le vous emmener hors du temps, vous ne le regretterez pas.

 

PAPER NIGHT: Présente toi en tant qu’artiste.

VOISKI: J’ai commencé assez jeune à une époque où la techno n’était pas vraiment populaire en France. Je suis tombé dedans en fouillant dans des cassettes de mon cousin. Petit à petit, je me suis fait une culture en dehors de ce qui s’écoutait à l’époque, des choses que l’on pouvait trouver dans des réseaux un peu différents comme radio FG. À la fin des années 90, je trainais un peu au Rex, dans des raves, j’avais 16 ou 17 ans. Ensuite, en grandissant, je suis passé par les Beaux Arts qui m’ont ouvert à d’autres formes de musiques, contemporaines et expérimentales notamment.

PN: Qu’est ce qui t’as donné envie de composer ?

V: C’est venu assez naturellement. À la fin de l’adolescence où je quittais les jeux vidéos, j’ai commencé à installer des softwares de musique sur mon ordinateur pour jouer à d’autres formes de jeux, c’était une sorte de prolongation du jeu vidéo qui est devenue un peu plus sérieuse. Au lieu de mettre mon temps dans des trucs qui ne servaient à rien, je me suis mis à faire de la musique un peu comme un divertissement et c’est devenu plus serieux malgré moi.

PN: Dement3d a été élu label du mois par Resident Advisor il y a quelques semaines, est ce que tu peux me parler de ton rôle et ton implication dans ce projet ?

V: Au départ, j’ai surtout participé à l’esthétique globale du label. La partie graphique a ensuite été reprise par Matthieu Cannavo, un graphiste qui bossait déjà sur mon autre label Silicate. Au-delà de ça, on a toujours été très proches et interconnectés à différents moments. On a fait un remix pour Ligovskoi avec Heartbeat et là je vais sortir d’ici trois ou quatre mois un double Ep chez eux, une sorte de compilation de morceaux qui n’ont un peu rien à voir les uns avec les autres.

PN: Peux tu m’en dire plus sur Kartei, le groupe de techno-pop dont tu fais parti depuis 2007 ?

V: C’était mon premier groupe, je mixais déjà un peu en solo à l’époque mais c’était vraiment le premier groupe avec lequel j’ai performé en live. On a commencé dans le milieu alternatif, on jouait dans des squats. En 2007, c’était notre premier concert, quelqu’un nous a invité à jouer à Zurich et on s’est dit « tiens on n’a qu’à faire un groupe ensemble ». Une semaine avant, on avait créé une dizaine de morceaux spécialement pour le concert et c’est devenu une sorte d’éthique de travail. À chaque fois qu’on a un concert quelque part, on se réunit seulement une semaine avant et on produit des morceaux spécialement pour le contexte dans lequel on va se produire. On va faire des recherches sur les gens, sur le lieu, de manière à produire une sorte de concert performance contextuel qui tourne autour des informations qu’on a pu récolter.

On avait fait notamment des performances où on allait chercher des informations sur les profils Facebook des personnes qui participaient aux évènements qu’on ne connaissait pas mais dont on avait accès à leurs données publiques. On s’était mis à faire des chansons pour ces personnes à partir de leurs informations. On a fait beaucoup de choses très différentes comme ça. D’ailleurs, le mot Kartei vient de l’ancien mot pour fichier en allemand, référence aux cartes perforées des ordinateurs dans les années 70, ça a beaucoup à voir avec cette idée d’internet et de l’information spontanée qu’on peut récolter sur n’importe quoi. C’est typiquement quelque chose qui me vient des Beaux Arts, des projets comme ça que j’ai mené parce que dans mon enseignement artistique, j’ai eu ce genre de délire sur le milieu bureaucratique, la fascination du secteur tertiaire, les normes et les codes qu’ils mettent en place à l’intérieur des entreprises.

PN: Justement tu me parlais de tes études aux Beaux Arts. Est ce que cela a eu un impact fondamental dans ta musique ?

V: Après avoir fait cette école en particulier, j’étais incapable de produire quelque chose sans réfléchir profondément aux conséquences disons théoriques qu’elles engendraient. Je ne pouvais pas faire simplement quelque chose en me disant que c’était gratuitement. À partir du moment où je vais faire un projet de musique, je vais forcément vouloir y mettre du sens quelque part et vouloir finalement faire parler les choses. Dans Kartei, on y arrivait à travers ces performances. Dans Voiski, je tente parfois de le faire par les différents titres de mes albums. J’essaie de confronter des univers qui n’ont pas forcément de choses à voir ensemble, comme par exemple mettre des mélodies de trance super bizarres avec des rythmiques de techno vraiment très sérieuses et pousser les limites de chaque chose pour voir jusqu’où je peux faire quelque chose qui puisse être acceptable, tout en surfant sur la limite du kitch mais sans la dépasser. Je m’amuse un peu des codes de la dance-music. J’aime assez tester les choses, voir si je peux reproduire la bassline typique d’un morceau de dance comme Mr Vain de Culture Beat et l’injecter dans un morceau de techno d’aujourd’hui, que ça passe et que les gens puissent l’apprécier sans se rendre compte qu’il y a un espèce de truc un peu ringard qui est la, mais qui au final a fait plaisir à un moment donné dans l’histoire de la musique et qui fera toujours un peu plaisir.

PN: Quand j’écoute ton EP IAI Movement produit par L.I.E.S, je m’imagine au commande d’une voiture volante combattant un monde où les chats ont pris le pouvoir. C’est très futuriste. Quel est le message caché derrière ces boucles hypnotisantes ?

V: Je crois que dans la musique je ne cherche pas tellement à faire passer de message, pour moi, c’est le seul médium où je cherche à penser le moins et exprimer le plus de sensation. Ce serait plus proche d’un expressionnisme, comme une peinture expressionniste, mais finalement en musique je ne réfléchis pas tellement au sens des choses. Je donne juste ce qui vient et c’est particulièrement le cas pour L.I.E.S par la façon dont je leur donnais les morceaux, qui n’était pas tellement dans une intention de devoir écrire une histoire. Je leur donnais juste plein de trucs et c’est eux qui choisissaient ce qu’ils voulaient voir apparaître ensemble au sein du même disque. J’ai souvent fait ça avec les labels avec lesquels j’ai travaillé. Maintenant j’essaye de penser autrement car je commence à avoir envie d’insuffler une direction par moi même. Avant c’était souvent un assemblage de plusieurs expressions, plusieurs moments qui se retrouvaient compilés ensemble, autour desquels j’essayais de finalement donner un sens ou une vague direction philosophique sans être trop autoritaire, en laissant l’ouverture pour pouvoir un peu se projeter sois même et être capable de penser comme tu l’as fait à une espèce de truc futuriste. Si je devais y voir quelque chose je pense que j’y verrais une bataille spatiale avec From sea to sea. Après il y a ce From white to red qui est assez problématique, je ne saurais pas trop ou le mettre. Ca part d’une espèce de tribu ethnique qui chante un chant de joie un peu bizarre et qui se termine en house enjouée. Le passage de l’un à l’autre est encore une fois incompréhensible. Je crois que c’était un parti pris osé mais je fais souvent ce genre de chose. Je rentre dans un système et quand je perçois que ça commence à m’ennuyer je vire de bord et je passe à un autre truc mais je considère que ce virement fait parti de l’œuvre que je suis en train de concevoir donc je l’accepte et décide de garder le tout ensemble, même si musicalement ça parait totalement incohérent. Je trouve que c’est ce qui rend la chose vivante et fait de ma musique quelque chose d’assez sensible. J’aime bien sentir dans les artistes que je supporte et écoute, l’humain et les petits caractères de chacun pour être bien sur qu’on est encore là et que ce n’est pas que des machines qui produisent comme on le voit de plus en plus dans la techno aujourd’hui.

 

PN: Justement, que s’est-il passé dans ta tête le jour ou tu as produit le track From Sea to Sea ?

V: Encore une fois pas grand chose, je marche beaucoup au hasard. Je me mets sur mes machines et la première chose que je trouve intéressante je la développe et la finis. C’est encore une sorte d’étique de travail ça aussi. Du coup pour ce morceau là, je venais d’installer un nouveau synthétiseur sur mon ordinateur qu’un ami de Dscrd m’avait donné et que je trouvais formidable. J’ai commencé à faire des trucs et j’ai eu cette chose qui est arrivée. Je suis vraiment dans un système d’acceptation de tout ce qui vient et tout ce qui semble intéressant j’essaye de le développer avec plus ou moins de succès.

PN: As-tu un rituel avant chaque concert ?

V: Il y a un truc que je fais avant chaque concert, je regarde ma montre. Une lip mach 2000 avec un bouton jaune. Je m’en sers de mood meter, c’est à dire que selon l’éclairage de la soirée, ce bouton jaune change de couleur. La première fois que je m’en suis rendu compte, c’était à la machine et la montre était rouge pétante, je me suis dis « ah ça va être génial ce soir » ce qui s’est avéré vrai. Maintenant à chaque fois je regarde ma montre et en fonction de la couleur je prévois un peu comment ça va être.

PN: Quel est ton meilleur souvenir depuis que tu produits ?

V: J’aurais envie de dire à Tokyo mais juste parce que c’est Tokyo et que c’est vraiment un autre monde, juste d’y penser ça me fait sourire. Mais il y a plein de bons souvenirs, c’est dur de choisir.

PN: Quel est selon toi, le track idéal pour te réveiller et bien commencer une journée ?

V: C’est un truc qui n’est vraiment pas techno, je dirai It’s automatic de Zoot Woman pour des raisons totalement personnelles et parce que j’ai envie de l’écouter là maintenant, mais je le vois bien comme la chose qui me réveillerait agréablement le matin.

PN: Le premier vinyle que tu as acheté ?

V: C’était un mauvais vinyle, j’avais 16 ans je venais d’acheter une platine et je trainais chez Cyber qui est devenu Syncrophone et j’ai acheté Fire Works E.P de Sven Väth.

PN: Ton rêve d’enfant ?

V: Etre pilote de Formule 1.

PN: C’est donc ça la casquette Pirelli ?

V: Il y a plein de symbole derrière mais disons simplement que c’est mon meilleur ami avec qui j’ai l’habitude de regarder les Grands Prix un week-end sur deux qui me l’a offert un jour en constatant que la plupart du temps, je n’étais plus la les week-ends à cause de mes tournées et donc loupais les Grands Prix. A chaque fois que j’en rate un parce que je suis en train de jouer quelque part, je dois porter la casquette Pirelli comme une obligation de sponsor. C’est aussi une référence aux pilotes de Formule 1 qui ont l’obligation de porter cette casquette lors du podium. Il y a une espèce de jeu qui s’est mis en place de faire comme si j’étais un peu sponsorisé par Pirelli, mais finalement je rêve plus ou moins de me faire sponsoriser par Pirelli par ironie. Au lieu de demander de l’argent je voulais leur demander de me faire des pneus spéciaux pour ma voiture.

PN: Si tu pouvais te réincarner, ce serait en quoi ?

V: Dans l’idée je pense qu’on est déjà des réincarnations de réincarnations de réincarnations, on est déjà au stade définitif donc si je devais me réincarner en autre chose qu’un être humain ce serait régresser dans la progression et du coup je ne peux que souhaiter être réincarner dans un humain meilleur, ou ne plus être réincarné et partir définitivement de ce système planétaire.

PN: Si tu devais me donner un endroit ou tu aimes t’évader, te ressourcer, ce serait ?

V: Je dirai sur un circuit de karting ou sur le périphérique, le principe étant le même, juste une boucle, un circuit fermé qui tourne sur lui même et qui permet de faire le vide dans sa tête. Quand j’ai envie de penser ou réfléchir je sors de mon parking, je fais un tour de periph et je reviens. J’aime bien l’idée de revenir exactement au même point de départ et de se dire que psychologiquement, tout à changé.

PN: Des projets à venir ?

V: Alors, il y a ce double EP qui sortira dans quelques mois chez Dement3d mais avant ça un EP qui arrive sur Delsin et un autre sur Russian Torrent Versions qui vont tous les deux sortir d’ici un mois ou deux. Et après il y aura deux autres maxi qui vont sortir sur un autre label dont je ne peux pas dire le nom pour l’instant.

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